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dimanche 20 juin 2021

Présence des fantômes

La mythologie rock n’est pas qu’excès glorieux et démentiels. Pendant leur voyage, les têtes d’affiche en Cadillac rose croisent sur leur chemin de nombreux seconds couteaux qui, le moment venu (souvent longtemps après leur mort), deviendront aussi mythiques qu’eux. Une foultitude de groupes quasi-inconnus dont la présence n’est attestée que par une poignée de disques. Certitude d’une présence aussitôt doublée d’un doute lancinant quant à cette réalité : pas ou peu de photos du groupe, pas ou peu d’enregistrement. Le disque n’est qu’un grésillement sans image. Et si tout cela n’était qu’un rêve ? Ou une apparition ?

En définitive, le rock est un pays peuplé de fantômes : Robert Johnson en précurseur singulier et génial. Dans un excès de nostalgie socialo-marxiste, je pourrais également évoquer les métiers de l’ombre, ingénieurs du son et autres producteurs-arrangeurs. Ou encore ces foules anonymes aux oreilles abimées par les murs de son. Mais je veux surtout parler de ces artistes ectoplasmiques : des barbares des friches industrielles, avec leur allure d’éternels jeunes hommes bronzés et dépenaillés, disparaissant dans les brumes de la Zone, leurs boots noires foulant lestement la boue; des sorciers érudits, tourneurs de tables, utilisant les télé-sciences pour multiplier les spectres des vivants et des morts; des kids défunts errant sans but, désorientés par les lumière du rock’n’roll, et ne sachant pas où aller pour trouver le repos. La Phrance, pas tout à fait conforme au cliché rock français/vin anglais, compte également dans ses rangs quelques fantômes rock dont - et en bonne position - l’hermétique Yves Adrien.

La sortie récente d’un « röman » (sic) de Cédric Bru, intitulé Le Mystère Yves Adrien, n'est pas seulement l’occasion de se plonger dans la vie de cet absent très présent dans le paysage de la critique rock d’expression française. Il s'agit également de se rappeler d'une époque : Rock & Folk, le gonzo, le novö, etcEn effet, qui se rappelle encore de ces choses-là ? Quelques doux dingues qui se ruinent toujours en disques ? et puis quoi ?


Handicapé par un style hybride moitié biographie, moitié bouillie autofictionnelle (où l’auteur - comme c’est original - met en scène sa propre incapacité à écrire le livre que nous sommes en train de lire), ce « röman » n’est pas dénué d'un certain intérêt historique. 


La vie d’Yves Adrien, donc. « C’est l’histoire d’un homme qui a passé plus de temps à se cacher qu’à se montrer. Orchestrant soigneusement ses retraites comme ses retours, il a visé la présence par l’éclipse, la postérité par l’absence, la reconnaissance par l’oubli », nous précise l’auteur. Des disparitions, des retours, des changements aussi. 


On passe ainsi des premiers émois West Coast à la révélation électrique - Iggy Pop et les Stooges - introduite par la prose sonique de l'article visionnaire « Je chante le rock électrique » :

Les teenagers préfèrent le bubble-gum au marxisme. C'est heureux. En 1972, on a redécouvert le trip teen et son implication première : l'éphémère.


Et les Stooges, hurlant la punkitude des grands ensembles. Une musique devenue vertige, la plus belle/violente expression du rock urbain. Superbe arrogance d'Iggy crachant son ennui comme on déchire les affiches, lambeau par lambeau.

Et puis l’intuition prophétique de l’homme novö. Cette rencontre du metallic et du disco. Ce dadaïsme eighties, exploitant les arts et techniques des États-Unis d’Amérique pour en tirer une formidable expression libératoire. Un assemblage hybride où le folklore américain et la froideur des machine se confondaient, où l’Amtrak et le Trans-Europ-Express se percutaient, où chaque morceaux de métal, que l’accident avait rendu horriblement tranchants, fendaient l’air produisant un son unique. Iggy Pop, David Bowie, Kraftwerk, Ellie et Jacno, Devo, The Residents, Alan Vega et Suicide, Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire. 

Afterpunk et Afterwave, NovöPunk et NovöWave : le rock des années quatre-vingt ne se jouera pas seulement dans la rue, mais dans les cerveaux aussi. C'est là le message des industrialistes : le verre et l'acier. Il n'est jamais trop tard pour tout recommencer. Je chante le rock synthétique.

L'oeuvre d'Yves Adrien, outre les néologismes et les gimmicks langagiers, c'est avant tout une attention précise aux sentiments esthétiques, à l'émotion que nous procure non seulement la musique en tant que telle, mais également l'univers qui l'entoure, sa vision.  


Pour cela, il a recours à une méthode analogique quasi spenglerienne, opérant des rapprochements improbables « qui voient Sex Machine de James Brown côtoyer l'univers de Mozart, mariant Salzbourg à Please, Please, Please dans une approche quasi poétique, voisine des correspondances baudelairiennes ». Comme chez Spengler, cela peut donner « l'impression d'une culture encyclopédique et d'une compétence à peu près universelle, d'une hauteur et d'une ampleur de vue qui permettent de tout embrasser d'un seul coup d'oeil, d'une puissance de synthèse et d'une virtuosité dans l'organisation des données qui rabaissent au rang de misérables tâcherons les gens qui continuent à utiliser les méthodes traditionnelles de l'analyse historique » (Jacques Bouveresse, «La vengeance de Spengler », in Essai II) alors que cela revient en fin de compte, selon l'expression de Musil, à classer « au nombre des quadrupèdes les chiens, les tables, les chaises et les équations du quatrième degré ». Mais à la différence de l'auteur du Déclin de l'Occident, Yves Adrien n'a que faire des idéologies politiques, il parle de musique et de littérature. Tout est pardonné.


Le corollaire de cette méthode analogique est évidemment l'hyper-référentialité. Comment prétendre à une vue synoptique sans citer les noms, tous les noms, des protagonistes ? « Mettre en coupe réglée toutes les littératures, doctrines et techniques initiatiques, être à soi seul la banque neurone de données, la bibliothèque borgésienne et le terminal spirituel du XXIe siècle », écrit-il dans Rock & Folk.


Érudition, mystère, poésie, dédoublement. Un parcours messianique et prophétique quasiment sans faute (seul bémol : son intérêt pour Houellebecq). 


Il faut donc relire ce que « le portier de nuit du punk et le chantre du novö » a écrit. La publication de ce mystère Yves Adrien n'est qu'une excuse. Il faut relire les articles d'Yves Adrien car c'est l'un des meilleurs témoignages (avec les textes de son ami Alain Pacadis) de l'époque Palace, branchitude et post-punk/cold-wave à la française. Il faut les relire car c'est tout simplement fini : le dernier des Mohicans möderne ayant de nouveau disparu dans le désert de béton bleu. Et avec lui, définitivement, toute une époque. 

samedi 1 août 2020

Coldwave pour météo caniculaire




Comme on disait à l'époque, le XXe siècle a débuté avec Marinetti pour se terminer avec "Metallic K.O." des Stooges. Après, tout restait à créer. No future. Mais le future était déjà là. Les jeunes gens mödernes n'avaient pas d'autre choix que de composer avec.

Froissement de métal sur rythmes concassés, romances radioactives en noir et blanc, l'Afterpunk est en marche - du feu sous la glace - et David est son héros.

samedi 23 mai 2020

Alain Z. Kan, le rubis des nuits parisiennes

Meneur de revue, chanteur à minettes, punk pur et dur, glam travelo, Gardenal, Valium, Nembutal, Librium fort, we like Alain Kan.
Interdit d'antenne et de promotion, puis disparu sur le quai d'une gare, la carrière d'Alain Kan n'est faite que d'absences. Il est la figure en creux du rock français. Cité dans les remerciements d'un livre de Pacadis "pour sa bonne humeur", ami de Daniel Darc, beau-frère de Christophe, il apparait comme un magnifique second rôle, toujours relayé en arrière-plan à cause de ses provocations : croix gammées, épingles à nourrices, discours hitlériens samplés, homosexualité et poudre. Mais, rassurez-vous, heureusement en France on ne se drogue pas.
En pensant à Gazoline, groupe d'Alain Kan, et à Pierre Wolfsohn, batteur de Taxi Girl décédé, Daniel Darc dédiera ainsi un titre, au cours d'un concert de 1985 à Bruxelles : "Pour Pierre-Jean. Pour Pierre. Pour tous les autres junks qui sont morts sans savoir pourquoi. Et pour 1977 et pour la fontaine des innocents. Et pour tous les autres groupes qui se plantent tous les jours".


Plutôt que de regretter cet état de fait, ne faut-il pas reconnaitre que l'oeuvre d'Alain Kan tendait vers cette mise à l'écart ? Que ses chansons ne pouvaient susciter qu'admiration ou dégout véhément ?
Les liens et influences entre rock et littérature sont des lieux communs. Jim Morrison (on peut rappeler la phrase de Philip Seymour "Lester Bangs" Hoffman dans Almost Famous : "Jim Morrison is a drunken buffoon posing as a poet. Give me the Guess Who. They have the courage to BE drunken buffoons, which MAKES them poetic."), Patti Smith, Rimbaud, Baudelaire, etc. Néanmoins, le rire glacial, la voix emplie de fièvre et les textes grotesques d'Alain Kan, tout cela n'est pas sans rappeler un poète, une oeuvre en particulier. Lautréamont et Les Chants de Maldoror.

Peinture de l'artiste Nick Kushner intitulé Maldoror: Satan Seated Upon His Throne qui sert d'illustration à une édition russe des Chants

Quand on écoute "Philo-dodo", "Devine qui vient dîner ce soir ?", "Blacky" et d'autres chansons, on ne peut qu'être frappé par la délectation perverse de l'acte méchant.
Verbalisation de la violence, esthétisation de la cruauté contre les autres, contre soi. Lautréamont parle des "pages sombres et pleines de poison" et des "émanations mortelles de ce livre".
Lautréamont dit également ceci : "J'établirai dans quelques lignes comment Maldoror fut bon pendant ses premières années, où il vécut heureux ; c'est fait. Il s'aperçut ensuite qu'il était né méchant : fatalité extraordinaire ! Il cacha son caractère tant qu'il put, pendant un grand nombre d'années; mais, à la fin, à cause de cette concentration qui ne lui était pas naturelle, chaque jour le sang lui montait à la tête ; jusqu'à ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jeta résolument dans la carrière du mal... atmosphère douce !" Il ne s'agit pas de faire un parallèle entre Maldoror et l'homme Alain Kan, mais entre Maldoror et le chanteur, l'artiste Alain Kan. Ce dernier démarrant sa carrière comme amoureux transi sur "deux notes de musique", dérivant ensuite lentement vers la "chevalerie de cuir et de sang". Héraut du Mal.



Cette croisade, dans les deux cas, trouvant son achèvement dans une disparition violente, inattendue, inexpliquée.
Pour en revenir à Taxi Girl, leur clavier, Laurent Sinclair, jouera et produira quelques titres sur le dernier album sombre, très sombre, d'Alain Kan, Parfums de nuit... Notamment sur le dernier titre "Schwartz Market" dont les paroles (retranscrites ensuite, avec des trous malheureusement) ne peuvent qu'être l'oeuvre d'un Lautréamont tox made in 77 : "Ce matin-là le ciel était clair entre les tombes. J'avais soif. J'ai toujours soif. Pris de vertige, je bus à toute vitesse mon petit-déjeuner : quatre bonnes gorgées de gin tiède. Ouai, je sais, c'est dur à encaisser le gin, surtout l'estomac vide. La vodka, par contre, c'est plus facile, plus propre, un peu salaud. Je dirais même la Suisse des alcools. Alors que le gin requiert une résolution plus farouche, comme des affinités malsaines avec des kamikazes. Bref, je me suis endormi le nez dans la double-page d'un Playboy usagé. Aïe aïe aïe, la gonzesse "Série Noire", chromée comme un pare-choc. J'ai dû rêver longtemps les doigts agités autour de ma braguette. Trop longtemps. Dehors, une nuit sombre, opaque, griffée de bourrasques s'était faite maîtresse de la ville. De gros nuages épais et menaçants s'engouffraient entre les immeubles aux façades grises et vertes, aux façades dégueulasses de la ville. Chaque flaque d'eau suicidait les enseignes aux néons tarabiscotés. Sex-shop, ???, hôtel du désir, clignotaient dans un vide désespérant. La grande ville continuait son activité nocturne mais aucun traffic n'encombrait le boulevard. À part quelques taxis et z'autos noir et blanc de la police, il n'y avait aucune voiture en action. Toutes étaient rangées en ligne sur le bord du trottoir. Peut-être demain, une de ces machines, aux formes ondulées, offrira à son conducteur une mort métallisée et fera ??? à un jeune adolescent violemment projeté de son Aston Martin, le front incrusté des fragments du pare-brise, couronne de diamants voilée d'une délicate dentelle de sang. Bizarre, bizarre, bizarre, bizarre. Qui a dit bizarre dans l'étrange de mes rêves ? Qui ? Lui ? Vous ? Vous, perdu à des milliers de kilomètres dans la même ville que moi ? Vous étroitement blotti, replié, pelotonné, dans votre lit d'orphelin avec pour compagne une petite fille mongoloïde qui jamais ne vous prêtera sa poupée. Viens, soyons bêtes, décrochons la lune, offrons-nous les trésors interdits. Mais en reste-t-il ? En reste-t-il vraiment de ces trésors cachés comme on en découvre dans les livres d'images ? Oh, douce amie (?), douce Aloïsse (?), il ne faut pas rêver, je rêve, faut pas rêver, la violence des tapins dans la rue. Comprend une bonne fois que tous les culs sont à prendre, que tous les corps sont à vendre. Tant pis si tu détruis ! Tant pis si tu fais du mal ! Regarde, regarde, nous ne sommes que des rats. Bientôt la race humaine sera anéantie, en proie à de vilains malaises. Douleurs terribles, odeurs de bas-fonds. La fosse aux serpents en large veines dans toutes les directions. Les oeufs lacrymogènes vont éclater. Ces rats ne tarderont pas à grandir. Ils nous feront sentir les griffes, leur mâchoire nous chatouillera la rétine, aïe ! ??? Ils iront au Louvre vitrioler le sourire niais de la Joconde, grignoteront les statues de marbre que nous adorons. Adieu dos charnus, adieu belle santé. Les grosses dames aux lunes bien nourries de Rubens seront avalées. Destruction obligatoire et souhaitable. Et toi, gros pédé, ne ris pas. Regarde, regarde ta famille innombrable qui s'avance, ta belle famille de rats. Prépare ton cul. Ton fion, ce monstre à l'allure sage que la Justice n'a pas encore surpris. On va enfin t'enculer, salopard. Déjà que tu jouis. L'idée seule de te faire baiser gonfle ta queue répugnante. Bientôt tu sentiras ces dents te fouiller les intestins. Tu crèveras de douleur affreuse. Pas de pitié sans une sorte de conscience appliquée, disait Artaud. Ton frère rat a de la conscience appliquée. Un flux de sang brûlant te montera à la gorge. Alors, il te plantera l'embout à poppers dans le nez. Vas-y, sniffe et crève, morne pissoire, hangar à merde. Au crépuscule, tes poussières seront balayées par le vent. Et moi, moi j'ai toujours soif. J'ai soif ! J'ai soif ! Oh, l'imagerie du mauvais goût me torture. Je n'ai sous les yeux que le triptyque de Bosch commenté par un Burroughs de passage. Que vais-je pouvoir t'offrir mon amour ? Que vais-je pouvoir t'offrir maintenant que nous somme faits de plastique et que nous avons toujours une éponge humide à coté de la main ? On efface... on efface... on efface... on efface... Il est grand temps de sortir des poubelles du monde entier. Je sais : il faut plastiquer le monde. Comment y parvenir ? Un crime intriguant. Je refuse toute action singulière. Je suis ??? d'une période d'oisiveté insensée et sensuelle. Perpétuelle rencontre de moi avec moi. J'ai déjà envisagé mon suicide et, par conclusion, je dois me détruire moi-même. Ma mort sera un crime, un assassinat, un meurtre sur pied de micro chromé, le visage parfaitement maquillé... maquillé... maquillé..."


"Qu'avons-nous donc à redouter ? Vince "Ziggy Stardust" Taylor est mort, Johnny Thunders a quitté son corps, quant à Alain Z. Kan, punk historique, fondateur de Gazoline, groupe mythique s'il en fût, il a disparu depuis bientôt une année, un peu trop longtemps pour qu'on puisse espérer quelque chose. Alain Z. Kan, qui baisa Bowie, rêva Bardot, écrit les plus/seuls?/beaux (convulsifs) textes français depuis Gainsbourg. "La réalité frappe trop fort !" Eh oui ! La dernière vision qui nous restera de lui sera celle d'un ange sur le quai d'une station de métro au nom idiot : rue de la Pompe ! Never born, never dead, son esprit veille sur nous, kids. Lui aussi faisait partie de cette chevalerie de cuir et de sang. Calice sacré. Il est parfois bien difficile de briser sa vie gratuitement." Daniel Darc, Prémonition,  n°9, automne 91.

Bonus. Sujet d'investigation possible : pourquoi les tox sont-ils attirés par le standard "Falling In Love Again" ? Elle a en effet été reprise de manière distordue par Alain Kan, mais également, en allemand, par William S. Burroughs.
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Librium fort

mercredi 29 avril 2020

Impressionnismes du monde mécanique

"La rue, je ne peux pratiquement pas en sortir parce que dès que j'arrive à la campagne, je tombe malade. Rien que la vue d'un arbre ça me rend malade. Moi je suis né dans une ville et je ne peux pas aller ailleurs. J'adore ça, le bitume, l'asphalt, le béton, moi je ne rêve que de ça... Il faut détruire la télé. En plus, c'est très beau une télé qui explose. C'est une oeuvre d'art... Je ne supporte pas d'aller à la campagne, je ne comprends pas l'écologie, tout ça, ça me dépasse complètement. Moi je suis pour l'énergie nucléaire, pour la bombe atomique, je trouve ça très bien." 
- Alain Pacadis dans Apostrophes.

"Con mort. Pour le nucléaire avec les réactivistes. Faut être con pour mourir. Moi j'étais dans mon lit." 
- Kiki Picasso après le décès d'un militant tué lors d'une manifestation anti-nucléaire.

Kiki Picasso, 1974, élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République (19 mai) ; réalisation du dernier des essais nucléaires français atmosphériques (15 septembre) de la série / Il n’y a pas de raison de laisser le blanc, le bleu et le rouge à ces cons de français, 2016-2017

"Les arbres, la verdure, c'est très bien mais à la longue ça devient ennuyeux. C'est : des arbres verts, des arbres verts, des arbres verts, des arbres verts... Ok ! Très bien, qu'est-ce qu'on en fait ? Donne moi les villes ! Donne moi le smog ! J'aime ce que ce gamin [Alain Pacadis] m'a dit à Paris. Le roi des quoi ? Le roi des punks. Il m'a dit "Les gens se plaignent du smog, moi j'adore ça !" Il ouvrait et fermait ses fermetures-éclairs. Tu sais, il y a une manière d'aimer le smog. Ce n'est pas une contre-vérité. Ça fait du bien. Tu sors et... sniiiif !, tu es dans ton élément putain ! Tu marches à travers le smog. Tu vis à travers le smog. Tu aimes les immeubles. Tu aimes l'inflation. Il y a des créatures qui s'adaptent aux conditions. Il y aura des hommes du broui... du smog, de l'inflation... Voilà les gens qui survivront, tu ne le vois pas ? Ils sont prêts pour l'inflation, prêts pour le smog, ils aiment ça. Quelle est la différence ? Tout ça n'est que mental. Faut s'y faire." 
- Charles Bukowski à Barbet Schroeder dans The Bukowski Tapes.

"Le monde végétal, je suis assez sceptique là-dessus. Je préfère beaucoup la pollution à la chlorophylle par exemple. J'ai un peu peur du monde végétal parce que je pense que quelqu'un qui a un peu vécu en Amazonie doit avoir la même peur que moi. Tout de même, la chlorophylle, c'est la source des bactéries, des miasmes, des fièvres, des choléras, enfin de toutes les choses épouvantables. Quand il n'y avait pas de pollution, la durée moyenne de l'homme était de 30 à 35 ans. Elle n'était pas de 65 ans comme maintenant. Quand il n'y avait que la chlorophylle qui répandait les microbes à pelleté... Je déteste les miroirs et les romans qui emplissent l'univers d'êtres redondants qui vous émeuvent en vain. C'est un peu contraire à la chlorophylle mais c'est aussi contre les mots... Le danger est une mer de mots parce qu'il y a un moment, un seuil à partir duquel les mots ça devient à la fois quelque chose de cancéreux, d'étouffant comme les mauvaises herbes dans un jardin." 
- Roger Caillois dans Apostrophes. Encore. Décidément...

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